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"Si je parle de la Nature, ce n'est pas que je sache ce qu'elle est,
mais parce que je l'aime, et je l'aime pour cette raison
que celui qui aime ne sait jamais ce qu'il aime,
ni ne sait pourquoi il l'aime, ni ce que c'est qu'aimer
Aimer, c'est l'innocence éternelle,
et l'unique innocence est de ne pas penser."
Alvaro de Campos, hétéronyme de Fernando Pessoa
C'était l'anniversaire de Clémentine, alors j'y ai pris une rose. Bon, une rose rose, elle n'aime pas le rose. Mais elle a vingt ans, ça mérite bien une rose. c'était haut quand même, je me suis hissée haut, bien haut sur la pointe de mes pieds et je l'ai attrapée. Mais je me suis piquée. J'avais oublié que les roses piquent, surtout quant elles sont roses. C'est tellement joli, tellement frais une rose. Comme une jeune-fille. On ne s'y attend pas. C'est beau, c'est rose, diaphane, presque transparent, du cristal, du cristal de rose. Alors je me suis piquée. Et je me suis dit, il doit avoir bien mal . Et là... là, je me suis souvenue. C'était en décembre. Ce n'est pas le mois des roses décembre, alors que mai, oui. C'était en décembre dernier qu'ils sont venus le chercher. Ils étaient trois, quatre peut-être. grands jeunes, biensur musclés pour pouvoir grimper tout en haut de l'échelle -je ne me serais pas piquée si j'avais eu une échelle- calmes, pour pouvoir éteindre le feu. Et ils sont venus le chercher. Je l'avais croisé une fois ou deux. Il est sorti, endormi, blanc de plâtre. Eux, ils sont montés fermer les volets, ils ont oublié une fenêtre. Depuis, le vent fait battre le volet et voler le rideau. Depuis, les rose diaphanes, elles ont envahi le jardinet. Mais il ne faut pas s'y tromper, elles piquent.
Beau gosse de mon coeur